vendredi 12 mai 2017

Marguerite...

J'étais encore étudiante en philosophie à Reims lorsque j'ai rencontré Marguerite.
Elle arrivait de je ne sais où, avec sa petite guinde dans laquelle elle déplaçait visiblement sa maison. A l'époque Marguerite se déplaçait là où la vacation et la vocation la poussaient.
Venue prendre un poste d'enseignante en philosophie au lycée Saint Joseph où je prenais moi même mes fonctions de maîtresse d'internat, nous nous sommes vite mises d'accord sur notre amitié.
Son accent de duchesse m'a d'emblée séduite et sa connaissance philosophique impressionnée. Je terminais moi-même, en parallèle de mon petit boulot à Saint Jo, une maîtrise de philo. Nos discussions allaient bon train et elle m'aidait à relire ce que je produisais.



La joie, le questionnement, l'enthousiasme, c'était ça ma Marguerite.

J'avoue cependant qu'ayant vite identifié des codes et modes d'éducation qui n'étaient pas tout à fait les mêmes que les miens, je surveillais mon verlan et mes mots d'argot...
Les mois ont filé, l'année s'est écoulée et son poste a été repris il me semble par un titulaire.
Nous avons gardé contact, elle traversant la France pour occuper des postes en remplacement, moi finissant par tout quitter pour rejoindre mon Sweety, en banlieue.


Et puis un jour ... nous nous sommes perdues de vue.


Mais un beau soir, tandis que nous revenions avec Sweety du théâtre où nous avait traîné celui qui deviendrait quelques années plus tard le parrain chéri de notre Couiny, j'aperçois sur le quai du métro MA Marguerite.
Elle grimpe dans la rame et nous voilà comme en quarante à nous jeter des bribes de vies et échanger nos 06. Quelle joie !

Nous allons nous revoir échanger, sur la foi, la philosophie, les hommes, nos hommes, nos métiers, ses frères et sœurs, son Morbihan.
Elle se marie enfin et donne plus tard naissance à une petite fille.
Nous parvenons à entretenir notre belle amitié, rieuse et amusée.
Son emploi ne la satisfait pas, elle souhaite se remettre à sa vocation, l'enseignement.
Elle se remet donc au travail et prépare l'agrégation de Philo.  Elle me fait beaucoup rire, en me racontant qu'elle s'isole parfois dans un petit couvent à Paris où elle est accueillie pour travailler quelques heures dans une alcôve, bien au calme, où finalement elle s'endort !

Et puis un jour de merde, elle me laisse un message sur ma boite vocale, en me disant qu'elle a des petits soucis de santé, qu'il faut qu'on déjeune ensemble un midi.
Elle arrive, le soleil avec elle, elle porte un petit foulard sur la tête, elle me raconte.

Je la quitte en serrant les dents pour ne pas pleurer devant elle, je décide surtout que je vais être là pour qu'elle ne lâche rien et soit convaincue qu'elle va gagner la bataille.
Les mois, passent, les chimio aussi. Nous passons plus de temps ensemble, le midi nous déjeunons au Coppé avant ses chimio quand cela est possible. Je laisse des mots au Seigneur dans le cahier des réclamations de la clinique, où elle se rend pour guérir.
Elle les lit quand elle se rend à la chapelle et cela l'amuse je crois.
Elle va mieux, fête Noël dans SON Morbihan qu'elle aime tant, avec les siens, sa famille, ses frères et sœurs, neveux et nièces.  

Le temps passe, et puis non ça ne va pas mieux. Plus tard, je ne sais plus à partir de quand, le mal attaque ailleurs.
Elle souffre beaucoup, est épuisée et je ne peux plus la voir. Je lui envoie par sms des bouquets de fleurs, parfois même les vôtres. Elle sait qu'une petite communauté sur mon IG la soutient, prières, pensées, bref un soutien qui la touche beaucoup.
Et puis, tout va finalement aller très vite.

J'ai cru à sa guérison, je nous ai vu au volant de ma voiture nous bidonnant et faisant une petite virée sous le soleil comme nous en avions convenu.

Nous avons échangé un dernier message lundi. Je n'ai compris qu'hier que ce serait le dernier.

Je pense désormais à ton époux, ta petite sœur, tes frères et sœurs et surtout je pense à ta petite fille qui va devoir puiser dans la vie et la joie que tu lui as transmis, les ressources nécessaires pour dépasser la peine et sûrement la colère.

Tu peux compter sur moi, Marguerite, pour lui raconter cette version de toi, que j'ai eu la chance de connaître ces 20 dernières années, si la vie m'en donne l'occasion.
Nos rigolades, ta force, ton courage, ta façon de t'adapter en toute circonstance et même cette anecdote que tu m'as un jour racontée et qui m'avait fait tant rire, au sujet de sa "popularité" à l'école ... 
Et puisqu'il le faut, je te dis au revoir Ma chère Fleur et je t'emporte avec moi partout où j'irai traîner mes guêtres ...  
Nous avons bien ri.
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